« loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais »

L’assiette était exposée dans le vaisselier d’un ami. Son inscription m’a intrigué : « les vieilles filles conduisent les singes en enfer ». Amusant, pensé-je, mais qu’est-ce à dire ?

D’une première exploration dans un moteur de recherche, il n’est pratiquement rien sorti : juste la supposition — contestable et anonymement formulée — que les vieilles filles ne peuvent tenter que des singes, et la mention que dans deux pièces de Shakespeare (La mégère apprivoisée et Beaucoup de bruit pour rien) il est fait allusion à des femmes conduisant des singes en enfer.

C’est un indice. Car à partir de la phrase en anglais Old maids lead apes in hell, et en fouillant un peu, on ne tarde pas à déboucher sur la grande histoire.

1534. L’Angleterre d’Henry VIII rompt avec Rome. Pour justifier la rupture, il faut noircir le catholicisme*. La propagande protestante entreprend de s’attaquer à la chasteté des hommes et des femmes d’Eglise, et notamment celle des moines et des nonnes qui vivent dans les couvents. Le refus d’une vie matrimoniale est alors réputé conduire à toutes sortes de dépravations et de perversions. Le célibat est peint comme un état contre nature, car ne pas vivre dans le mariage c’est s’exposer à une sexualité malsaine, corrompue, voire diabolique (sabbats etc.)

Les femmes, particulièrement, sont suspectes (c’est le cas depuis Adam et Eve). Par suite, toutes les « vieilles filles » sont bientôt mises dans le même sac que celles qui font vœu de virginité. Le singe, animal sous-humain, symbole de péché et de vice, devient dans l’esprit populaire le compagnon de leurs débauches imaginaires. L’issue de ces turpitudes ne peut être qu’une condamnation à aller brûler éternellement en enfer.

À la fin du XVIè siècle le proverbe est formé **. Il perd peu à peu sa connotation politico-religieuse. En traversant la Manche il devient un dicton obscur mais plaisant qui permet de se moquer des vieilles filles.

Quand on le peint sur des assiettes, on a déjà oublié le fin mot de l’histoire.

 

 * On assistera au même phénomène avec le Brexit où il faudra noircir l’Union Européenne
** Pour en savoir plus, se référer à New Light on Maids “Leading Apes in Hell”

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Bruno SERIGNAT

Pas besoin de “noircir l’Union Européenne”, elle y arrive très bien toute seule (voir la comparaison de la vaccination anticovid entre UE et UK “brexitée”, par exemple).

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