des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

Le 12 mai, il y a vingt ans, fut le jour béni de notre rencontre*. Claudine et moi en avons fêté l’anniversaire dignement hier, en dégustant une bouteille de Bonnes Mares, un exceptionnel grand cru de Bourgogne dont un sommelier dit qu’il « réussit une synthèse parfaite entre carrure imposante et texture charnue ».

Carrure imposante et texture charnue : j’aime à penser qu’après vingt ans, notre amour pourrait en effet se décrire en ces termes. Le sommelier ajoute : « De la richesse et du gras, du corps et de la mâche, (…) rondeur et élégance ». Quant au nom du climat, il viendrait de l’ancien français « marer », qui signifie cultiver avec soin. Or il est vrai que, comme le vin, l’amour doit se marer (avec un r, mais aussi avec deux).

Enfin, précise notre sommelier, ce vin « plus corsé que fleuri, parfois un peu sauvage, est de longue garde, jusqu’à 30 ou 50 ans. » Banco. Va pour cinquante !

* J’ai raconté cette rencontre il y a dix ans déjà, pour notre dixième anniversaire, et je n’y change pas une virgule.

C’était il y a dix ans jour pour jour. J’avais pris un verre dans un bar avec mon ami Michel Béra (nous étions encore en train de travailler sur “Web Love Story”), il y avait rencontré une de ses amies, un dîner s’était improvisé, et nous nous sommes retrouvés à cinq à une table en plein air sur une terrasse près de l’Etoile. Une sixième personne était attendue, qui allait peut-être occuper la place demeurée libre en face de moi.

Nous approchions des desserts quand elle est arrivée. Elle était grande, très jolie, une longue mèche lui tombait sur le côté droit du visage. Elle a d’abord dépassé sans nous voir la table où nous étions installés, puis elle s’est retournée. C’est l’instant dont je me souviens. Le premier regard que nous avons échangé. Pendant un instant tout est devenu flou, sauf ses yeux. Nous nous sommes tenus par les yeux, à une profondeur infinie. Ça n’a peut-être duré que deux secondes. Quand nous sommes revenus à la surface, quelque chose avait changé. Je n’aurais pas su dire quoi.

Elle s’est assise, nous nous sommes mis à parler. C’est surtout elle qui a parlé. Elle disait avec les mots des choses dont je ne me souviens plus, mais sous les mots elle disait autre chose dont je me souviens, elle disait j’ai envie de te parler, j’ai envie qu’on se connaisse, et moi aussi j’avais envie de la connaître et de l’écouter. Alors je l’ai écoutée, longtemps, je l’ai laissée m’étourdir, je me suis étourdi, je suis parti sur sa voix, pour un voyage dont je ne suis jamais revenu.

C’était il y a dix ans jour pour jour, et même si j’en avais le pouvoir, je ne changerais aucune des journées ni aucune des nuits qui se sont écoulées depuis, parce que nous avons eu le bonheur de les passer ensemble.

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6 réponses à L’amour se mare

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