Kenshin et les haïkus de Rimbaud

Il n’y a rien
Dans mes poches
Rien que mes mains
(Kenshin)

Kenshin Sumitaku est un poète japonais mort en 1987, à l’âge de vingt-cinq ans. Atteint d’une leucémie aiguë il a consacré les deux dernières années de sa vie au haïku.

On ne peut mieux dire le dénuement et la liberté qu’avec cette image si simple de mains dans des poches vides. Celui qui assume de n’avoir rien avance dans la vie avec une forme de désinvolture. La mort nous fera les poches, de toutes façons. Autant marcher léger.

Je ne sais si Kenshin avait lu Rimbaud : Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées. De même, je ne sais si Rimbaud connaissait les haïkus. Mais en faisant ce rapprochement je suis frappé par le fait que de nombreux vers de Rimbaud pourraient être lus comme des haïkus libres. J’en vois désormais plusieurs rien que dans le sonnet La bohème :

Oh ! là ! là !
que d’amours splendides
j’ai rêvées !

des gouttes de rosée
à mon front
comme un vin de vigueur

je tire les élastiques

de mes souliers blessés
un pied près de mon coeur

On a qualifié Rimbaud de « météore ». Kenshin, au Japon, est appelé « le poète qui ne faisait que passer ». Lui aussi a évoqué le bonheur rédempteur de la rosée :

Les gouttes d’eau
ont chacune
un sourire aux lèvres

Mais les gouttes s’évaporent, et les poètes aussi.

 

Merci à Jean Fraipont de m’avoir mis sur la piste de Kenshin

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