des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

Un « idiot » (ι δ ι ω ́ τ η ς), dans la Grèce antique, c’est un simple particulier. C’est quelqu’un qui est considéré dans sa dimension individuelle, et non pas dans sa relation avec la Cité. On distingue d’un côté les affaires privées, de l’autre la chose publique ; d’un côté le particulier, de l’autre le général. En grec, les questions personnelles sont des questions idiotes, sans qu’aucune connotation péjorative soit attachée à ce mot.

Mais on voit bien comment les choses dérivent : l’idiot s’oppose à la res publica. Il devient celui qui ne s’intéresse pas à la vie collective, qui s’en tient à l’écart, et reste étranger à ces matières, d’où l’idée d’ignorance, et partant de sottise. L’idiot est un individu singulier, déconnecté du corps social, quelqu’un qui vit dans son monde et sur qui on ne peut pas compter.

Dans cette perspective, on peut dire que je suis un idiot. Je me tiens volontiers à distance des débats et agitations de mes contemporains. J’évite le plus souvent d’y prendre part, dans la mesure où y prendre part n’est bien souvent qu’ajouter du bruit au bruit et de la confusion à la confusion. Je me concentre sur les jolies choses que quotidiennement la vie m’apporte : la chaleur de mon lit, blotti contre ma femme, une parole cocasse et tendre échangée avec ma mère, la beauté du givre sur les arbres, le regard souriant d’un inconnu qu’on a croisé.

À la vérité, il m’arrive de penser qu’on manque un peu de gens comme moi. Plus d’idiots, voilà mon rêve.


2 réponses à Je suis un idiot

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