des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

Je n’en parle jamais, et c’est pourtant un feuilleton dont je me délecte quasiment tous les jours depuis deux ans et demi : le Brexit.

Voilà un pays, le Royaume-Uni, qui prend par referendum en juin 2016 une décision dont il ne sait pas le moins du monde en quoi, concrètement, elle va consister. Il quitte l’Union Européenne en caressant le vague rêve de reformer l’Empire, mais s’aperçoit après coup que le XIXè siècle est loin, que la reine Victoria est morte, et que plus de 40% de son commerce se fait aujourd’hui avec l’Europe. Alors il se gratte la tête en disant : on fait quoi ? Trente mois passent. L’échéance du départ se rapproche dangereusement. Mais le gouvernement de Sa Majesté en est encore à négocier avec lui-même sur la marche à suivre et le type de rapports qu’il conviendrait d’établir avec ses voisins du continent.

Il est fascinant d’observer dans ce processus à quel point la seule chose qui compte, au fond, aux yeux des Britanniques, est ce qu’ils parviendront (peut-être) à décider. Les autres, pensent-ils, s’en accommoderont forcément. Tout ce qui n’est pas leur nombril, c’est-à-dire le reste du monde, est quantité négligeable. Ils délibèrent donc entre eux, en ignorant les Européens, qui sont pourtant, dans cette discussion, leurs interlocuteurs naturels et obligés, et en ignorant plus superbement encore quelques réalités néanmoins difficilement contournables.

C’est ainsi que pas plus tard qu’hier, le ministre chargé du Brexit, un certain Dominic Raab, vient de découvrir l’axe Douvres-Calais : « jusqu’ici, a-t-il déclaré, je ne l’avais pas pleinement réalisé, mais si on regarde le Royaume-Uni et si on regarde comment se font les échanges de marchandises, nous sommes particulièrement dépendants de la liaison Douvres-Calais * ».

Ce médiocre géographe illustre à merveille l’arrogance désinvolte de ses compatriotes. L’écrivaine anglaise P.D. James fustigeait déjà, dans un de ses romans, cette « inébranlable conviction britannique qui veut que rien ne soit plus désastreux que la connaissance du sujet traité ».

*  I hadn’t quite understood the full extent of this, but if you look at the UK and look at how we trade in goods, we are particularly reliant on the Dover-Calais crossing.

Une réponse à If you look at the UK…

  • Il n’en reste pas moins que les Britanniques ont fini par comprendre que l’Union européenne (ne pas confondre avec “l’Europe”) était le meilleur moyen de désagréger les nations et leurs histoires propres, tout cela pour le profit de quelques actionnaires de multinationales : poursuivant le Brexit, ils ne s’en porteront que mieux, j’en fais le pari. D’ailleurs, d’autres, de plus en plus nombreux sur le continent, commencent à se poser des questions très dérangeantes pour nos gouvernants et ce n’est certainement pas un hasard…

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