des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

C’est LE morceau de bravoure des fables de La Fontaine, et d’assez loin le plus long texte du recueil. C’est aussi l’un des plus compliqués. Je me souviens que la première fois que j’ai l’ai lu, je n’y ai pas compris grand chose. La Fontaine paraît se contredire lui-même d’un passage à l’autre, et il y faut une lecture attentive, et une bonne familiarité avec l’auteur, pour distinguer les moments où il dit vrai de ceux dans lesquels il manie l’ironie. J’espère, dans la version que j’en propose ici, être à peu près parvenu à rendre les uns et les autres.

Le fond du discours à Madame de la Sablière, c’est une réflexion sur ce que sont les animaux, la place qu’ils occupent dans le vivant et notamment leur position par rapport à l’homme. C’est aussi une descente en flammes de la théorie des animaux-machines de Descartes, qui a beaucoup agité le XVIIè siècle (et qui à la vérité, vu la façon dont la filière agro-alimentaire pratique l’« élevage » de certaines espèces, persiste encore de nos jours à en inspirer beaucoup).

Sur la forme, c’est un témoignage de l’incroyable liberté d’écriture de La Fontaine. Cela commence sur le ton d’une conversation presque badine, où pointe l’amitié amoureuse qu’il éprouvait pour celle qui était aussi sa protectrice, cela se poursuit par des considérations philosophiques et la réfutation de Descartes, cela continue par différents portraits d’animaux peints avec tendresse et admiration dans des situations où leur intelligence apparaît manifeste ; puis, illustrant ce propos, arrive la fable « Les deux rats le renard et l’œuf », merveilleuse d’humour et de subtilité, et cela s’achève, sans vraiment conclure, sur une méditation personnelle et rêveuse sur ce qu’est l’âme et ce qui unit tout ce qui est vivant.

JJ Grandville

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