Comment la planète va mourir

J’ai lu sur la page fb d’une amie ces mots qui accompagnaient une photo des gigantesques incendies dans la forêt landaise : « Maintenant on pourrait presque enseigner aux enfants dans les écoles comment la planète va mourir ; non pas comme une probabilité mais comme l’histoire du futur. On leur dirait qu’on a découvert des feux, des brasiers, des fusions, que l’homme avait allumés et qu’il était incapable d’arrêter. Que c’était comme ça, qu’il y avait des sortes d’incendies qu’on ne pouvait plus arrêter du tout. Le capitalisme a fait son choix : plutôt ça que de perdre son règne. »

Certains artistes ont le don de prescience. Ils alertent longtemps à l’avance sur des phénomènes qui ne surgiront aux yeux de tous que des années ou des décennies plus tard. Les quelques phrases qui précèdent datent de 1986 et sont signées Marguerite Duras. A l’époque, ce n’était pas la Gironde mais le Var et les Alpes Maritimes qui étaient en feu. Sept mille hectares, une cinquantaine de maisons et de bâtiments et trois camions de pompiers partis en fumée. Deux morts.

Les incendies de forêt ont toujours existé. Mais l’idée du réchauffement climatique était très loin encore à l’époque d’avoir pénétré les esprits. Duras lit le futur, et l’enseigne. Elle met aussi le doigt sur la cause : un système économique qui refuse de se mettre en question. Je ne sais pas l’impact qu’eurent ces propos dans la prise de conscience collective que le monde était engagé dans la mauvaise voie, mais je me souviens très bien que pour ce qui me concerne, avec l’accident de la navette Challenger et l’explosion de Tchernobyl, 1986 a été l’année où j’ai cessé de croire niaisement au progrès.

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Calixte JOÜON

Comment peux-tu, Jean-Pierre, te féliciter d’avoir « cessé de croire niaisement au progrès » ?
Enfant, au début des années soixante, j’observais les ouvriers agricoles de mon père vivre, à une trentaine de kilomètres de La Baule, sans service d’eau, sans sanitaires, sans même un lavabo ou un évier, sans chauffage central, sans aucun moyen de transport mécanique, sans loisirs ni vacances. On chiait sur le tas de fumier et on faisait sa toilette dans une bassine maintenue en équilibre contre le mur extérieur du bâtiment, bassine crasseuse dont on pouvait aisément vider le contenu dans la cour avant de la remplir à nouveau avec un seau de l’eau du puits. Ces conditions de vie étaient normales à cette époque, proche puisque je l’ai connue, et mon père était plutôt progressiste puisqu’il avait équipé le puits, distant de plus de cent mètres du bâtiment de ferme, d’une pompe de relevage électrique et qu’il avait fait cimenter les sols des deux uniques pièces dans lesquelles vivaient ces familles pour remplacer la terre battue.
À quel cultivateur des années 2020, sortant de sa douche chaude, fût-il accablé de dettes, feras-tu croire que les progrès techniques sont une niaiserie ?
Telle que je l’ai connue, cette ferme ne connaissait l’électricité que depuis une trentaine d’années. Auquel des plus de six milliards d’humains qui ont aujourd’hui accès à l’éclairage électrique pourras-tu faire dire que ce réseau, qui l’a fait échapper très prosaïquement aux terreurs nocturnes et à la crainte des incendies provoqués par les bougies et les lampes à pétrole, est une niaiserie ?
Ta réflexion est impressionnée par les dérèglements climatiques et particulièrement par les incendies spectaculaires que nous vivons.
Et si nous gardions raison ! Comme toi, mon cœur saigne de voir notre Pyla ravagé. Dix mille hectares sont partis en fumée… Pourtant, dix-mille hectares, c’est 0,059% de notre forêt française de 16,8 millions d’hectares en 2019. Et si 100.000 hectares brûlaient, ça ne concernerait « que » 0,59% d’une surface qui n’a cessé d’augmenter depuis un siècle pour revenir à la proportion des forêts au Moyen Âge.
Tu le sais sans doute, globalement, la surface terrestre verdit malgré désertifications locales et déforestations irresponsables. C’est sans doute au CO2 qu’on le doit !
Je ne veux pas occulter les immenses défis, l’acidification des océans, les risques de bouleversement des régimes de courants marins, le risque majeur que constitue la démographie et les risques encore plus aigus que nous font courir tant les mondialistes financiers ultra-capitalistes, privés de vision à long terme, que les pastèques ultra-dogmatiques qui n’ont jamais de leur vie passé une nuit en forêt, étouffés par leurs angoisse et la haine de la réussite, oublieux de la progression jusqu’à ce jour constante de l’espérance de vie.
Une chose m’apparaît certaine, c’est que nous ne pourrons nous en sortir qu’avec l’aide de la recherche et des progrès scientifiques qui sont tout sauf des niaiseries. Tu cites Challenger : qu’il paraît loin cet accident à l’aune de Space X. Tu rappelles Tchernobyl (aujourd’hui épaisse forêt giboyeuse) : as-tu visité les dynamiques Hiroshima et Nagasaki du 21ème siècle ? Imagines-tu combien l’énergie nucléaire a épargné de vies échappant à la silicose, aux coups de grisou et aux maladies respiratoires des villes exposées à la combustion du charbon?
Comme disait Jean-Paul avec son savoureux accent polonais : « N’aie pas peur ! »

Bruno SERIGNAT

Je suis assez d’accord avec ton analyse. Toutefois je ne ferai pas “un geste” pour la planète tant qu’on aura pas résolu le problème de la démographie africaine ! On nous demande de faire des gestes minuscules (la France ne représente que 1% de l’émission des gaz à effet de serre) mais les Africains seront DEUX milliards à la fin de ce siècle : où est l’erreur ?

Bruno SERIGNAT

Et pourtant, sans l’informatique, que serions-nous ? Le télescope spatial James Webb n’est-il pas un progrès ?