des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

Pour en finir avec M. Emile Combes, qui m’aura, de manière inattendue, occupé trois fois cette semaine, je signale à mon lecteur qu’il avait inspiré à Vincent Hyspa (pour les paroles) et Erik Satie (pour la musique) une chanson humoristique dont il était le héros.

Le projet de loi dont il est question au premier couplet et qui le rend mal en point n’est pas celui de la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Cette séparation, il en avait été l’artisan, mais son gouvernement fut renversé pour une autre affaire avant d’avoir pu la porter jusqu’au bout.

Chez le docteur

Le petit père Combes s’en va chez le docteur :
“Ah! docteur, je suis bien malade!
J’ai, comment vous dire, l’estomac gazouilleur
Comme un vieux siphon d’limonade,
Enfin j’ai quelque chose là
Qui ne passe pas… Quéqu’chose qui n’passe pas.
Le docteur fait : Mais dites-moi…
N’est-ce pas un projet de loi ?

(chanté par Juliette)

Voyons, r’prit le docteur, avez-vous un moment ?
De vous asseoir prenez la peine.
Ça n’sera pas long, pour voir c’qu’y a dedans
Je vais vous ouvrir l’abdomen.
-Hé ! fit Combes, attendez, morbleu !
I’m’semble docteur, que ça va déjà mieux…
Puis, vous savez, j’suis pas curieux,
N’vous dérangez pas pour si peu.

Laissez, dit le docteur, n’vous occupez donc pas,
Je fais ça comme on vide un litre,
Puis je suis en train, ce matin j’ai déjà
Ouvert plusieurs douzaines d’huîtres.
N’ayez pas peur, vous n’sentirez
Absolument rien, j’vais vous boucher l’nez,
Tous ça sera proprement fait,
Et plus vite qu’un porte-monnaie !

Là-dessus, il opère, il regarde et il dit :
“Jusqu’ici vous n’avez pas de chance
De maladie de foie, mais quant à la phtisie,
C’est couru, galopé d’avance.
Dans vos bronches, ah ! quel vent du Nord !
Ça fait courant d’air avec le corridor ;
Vos poumons semblent respirer
Autre chose que la sainteté !…

Ah ! voici le cœur, dame, il n’est pas très grand,
Je pourrais le mettre dans ma poche.
Tiens ! vous le portez, ça c’est très élégant,
Crânement sur l’oreillette gauche.
Il semble atteint en vérité
D’une par trop grande sensibilité,
Ça doit joliment vous gêner,
je crois bien qu’il faudra l’enlever.

Oh ! ça c’est curieux,vous vous êtes foulé
La rate ! mais le diable m’emporte !
Comment avez-vous donc pu vous dévisser
Tout seul la crosse de l’aorte ?
Ah ! vous êtes un fameux lapin
Parbleu ! je I’vois bien là, d’l’autre côté du rein,
Vous devez être fort, mon garçon,
Mais là très fort… sur la boisson !

Voyons donc ce ventre… il est joliment creux…
Son état… (mais restez tranquille !
Ah mon pauvre ami, ce qu’vous êtes chatouilleux!)
Son état, dis-je, est fort débile.
Votre intestin grêle, vraiment,
N’a pas le sourire, il n’est pas engageant ;
Entre nous, je n’ai jamais vu
Un intérieur plus mal tenu.

Ah ! les sales boyaux! Mais quelle belle occasion
Pour vous, et vraiment peu loisible,
De dire bonjour à votre vieux côlon,
En ce moment il est visible…
(Mais n’vous trémoussez pas comme ça,
Vous avez fait choir mon lorgnon dans le tas,
Si je n’le retrouve pas là-dedans
Vous le paierez en supplément.)

Mais qui disait donc qu’vous aviez d’l’estomac ?
Le vôtre m’a l’air d’être en bombe,
Je ne le vois pas. Regardez donc plus bas,
S’écrie une voix d’outre-Combes.
Je l’tiens, dit le docteur, pardon !
Il est rudement bas, il est sous vos talons.
Ah ! nom d’un chien qu’il est usé,
Faudra le faire ressemeler.

Mais attendez donc! grands dieux! qu’est-ce que j’y vois ?
Une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept fèves !
Petit cachottier, vous pouviez être roi!
Mais plus modestes sont vos rêves.
Qu’est-ce encor ? une gomme pour crayon,
Une pièce du Pape… c’est ça qui doit être bon…
Naïf, avez-vous pu penser
Un instant qu’elle allait passer ?

Tout ça n’sera rien, dit l’docteur ayant r’mis
Toutes ces choses à leur place,
Ah ! voyons la langue… pas trop sale… Aujourd’hui
Ne buvez que du Clos Wallace…

Au fait, revenez d’main en passant
Que j’vous ouvre le crâne, y a peut-être quéqu’chose dedans.
Mais nettoyez-le, grattez-le,
J’veux pas y trouver un cheveu.

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