des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

Le fil des jours

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On commémore mai 68 à tout va ces temps-ci.

C’est bon pour le commerce: les livres, les journaux. C’est bon pour les jeunes papy-boomers qui ont un genre de drôle de guerre à raconter. C’est bon pour la nostalgie.

Tout ce remue-ménage d’émotions collectives est en général le fait de la génération qui est aux commandes. C’est pourquoi les années 80 sont à la mode ces temps-ci: elles correspondent aux 20 ans des quadras; c’est pourquoi aussi les années 90 pointent leur nez: les trentenaires arrivent.

Mais nos sexagénaires sont très forts. Ils continuent à donner le ton. Ils sont bien installés sur les plus hautes branches. Ils contrôlent encore l’essentiel des medias (internet excepté) et de la pub, et bien sûr l’Etat et les grandes entreprises.

Quarante ans après, ils n’ont aucunement l’intention de s’effacer et de céder la place. Ils se sentent pour la plupart en pleine forme, voire encore verts.  La vie leur appartient.

Les plus jeunes vont avoir du mal à les tuer.

Nous autres Européens manifestons une sensibilité particulière à l’égard de la situation au Tibet.

Je me demande quelle est la part de Tintin là-dedans. Je crois qu’elle est considérable.

Certes, les Tibétains sont un peuple sympathique. Certes, le Dalaï lama est un homme admirable. Mais Tintin, mais l’enfance, mais la part de rêve et de pureté que ces sommets enneigés ont cristallisée en nous ?

© Hergé Moulinsart
CBS m’a proposé un rendez-vous.
Quelqu’un m’a dit (une voix féminine, douce et légèrement voilée) : « Passez me voir avec vos nouvelles chansons, nous prendrons un verre, et je n’aurai d’oreille que pour vous. On m’a parlé notamment de Fashionista. Ca m’intéresse de l’entendre, car la chanson est drôle, paraît-il. Mais que ce soit clair : no promises ».
Ces derniers mots m’ont rembruni, mais une confirmation est arrivée ce matin par la poste. Il a plu sur l’enveloppe.
J’y lis : CBS, S….y (?!) Music Group.

Dans la série “Astronomie et Insectes“, j’ai appris récemment qu’il existait à dix milliards d’années-lumière (c’est loin…) une galaxie dite de l’Araignée. Elle est extrêmement massive et tisse une toile de gravité dans laquelle se précipitent comme des mouches toutes les galaxies plus petites qui se trouvent à proximité. Au centre du système, d’énormes geysers de particules rapides sont émis avec une énergie inouie. On suppose qu’ils sont comme les éructations de l’araignée elle-même, laquelle est un trou noir gigantesque, tapi là, se nourrissant de phénoménales quantités de matière, aspirant tout, jusqu’à lui-même, cataclysme sidéral engloutissant les étoiles-insectes qu’il prend à son piège par centaines de milliards…
Voici l’image officielle qu’on nous en propose, prise par Hubble:

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Mais j’ai du mal à ne pas lui préférer celle-ci: cliquer ici

Pour en savoir plus: http://www.esa.int/esaSC/SEMFSIV74TE_index_0.html

Un matin de1994, dans l’arrière-pays varois. Une propriété immense, une fondation. Des petits chemins dans les collines, sous les arbres, des kilomètres de beauté sans rencontrer personne. Parfois, au détour d’un virage, une échappée vers l’horizon, des visions lointaines, et vers le Sud, là où la vue se perd, la mer, la lumière, un miroitement dont l’éclat se dissout dans la distance. Nous courons, Etienne et moi. Il me raconte sa maladie, son opération à la gorge, sa longue hospitalisation. Comment il s’est mis à écrire, parce qu’il était immobile et ne pouvait plus parler. Et comment il est devenu un cas médical, le premier patient qui, ayant subi une telle intervention, a recouvré la voix. Pas sa voix d’avant, mais une autre voix, sourde, feutrée, chaleureuse. Avec une sorte de clapet, m’explique-t-il. « C’est comme ça que je sais que nous faisons moins de 15 km/h. Plus vite, ma voix ne sort plus ».

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Une heure que nous courons, en terrain accidenté. Je fatigue. Pas lui. Nous débouchons sur une ligne droite. «Bon, eh bien si tu le permets, maintenant je vais me dégourdir les jambes ». Il accélère, me laisse sur place. Je me dis que son clapet a dû se fermer. Il s’éloigne à grandes foulées. Il va très vite. Il a franchi son mur du son.

A la vérité, si les poètes sont imaginatifs, les astronomes le sont aussi.
Ils ont trouvé dans le ciel une fourmi, avec pattes, thorax et abdomen.
Son corps est formé des lobes brûlants issus d’une étoile agonisante, semblable au Soleil. Ces étoiles qui meurent en éjectant leur matière pour former un nuage de gaz et de poussière s’appellent des nébuleuses.

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La fourmi est nébuleuse : c’est là son moindre défaut.

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Légèreté et détachement.

Je goûte la douceur bienheureuse de celui qui renonce spontanément à changer le monde. Qui y accepte sa place sans envier celle des autres. Qui sait qu’il a la chance que cette place soit bonne, et que la vie est brève. Qui est conscient de son privilège de ne connaître ni la guerre, ni la douleur, ni la pauvreté. Et qui s’efforce non seulement de ne pas détruire, mais de respecter ce cadeau que la providence lui a fait.

Il y a cette phrase magnifique d’un moine zen nommé Ryokan, cité par Denis Grozdanovitch dans son Petit traité de désinvolture:
“Au printemps, dans les allées aux cent fleurs, je joue à la balle. Si un passant m’interroge, je réponds: — Je suis un homme oisif qui vit à une époque de paix”.
La paix ne durera peut-être pas. Voilà pourquoi je chante.

Je suis un pessimiste heureux.

 

Nous nous apprêtions dimanche à tenir une table ronde sur « Comment chanter la poésie ? », lorsque le Salon du Livre fut intégralement évacué vers 17h15. Les hauts parleurs évoquaient la nécessité d’un «contrôle technique», tout le monde a compris qu’il s’agissait d’une alerte à la bombe, et tout le monde est sorti tranquillement.

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Comment chanter la poésie ? Entre deux alertes.

J’étais invité tout à l’heure à bloguer en direct du Salon du livre, dans l’espace « lectures de demain ». Je ne doute pas que mes amis les gens du livre sachent ce qu’est un blog. En revanche, ils semblent ignorer comment des mots et des images apparaissent sur un écran, puisque je me suis retrouvé face à une table nue : sans ordinateur, sans connexion (et accessoirement : sans siège), mais avec un beau panneau : « Je blogue, tu blogues, nous bloguons », que j’aurais volontiers rectifié en « J’aurais pu bloguer », mais il n’y avait pas non plus de stylo.

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Je suis invité dimanche 16 mars, sur ce même salon du livre, à participer à une table ronde sur le thème «Comment chanter la poésie», sur le stand du Ministère de l’Education nationale, de 17h30 à 19h. Peut-être n’y aura-t-il ni chant, ni poésie…


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