des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

Le fil des jours

Dans la série “Astronomie et Insectes“, j’ai appris récemment qu’il existait à dix milliards d’années-lumière (c’est loin…) une galaxie dite de l’Araignée. Elle est extrêmement massive et tisse une toile de gravité dans laquelle se précipitent comme des mouches toutes les galaxies plus petites qui se trouvent à proximité. Au centre du système, d’énormes geysers de particules rapides sont émis avec une énergie inouie. On suppose qu’ils sont comme les éructations de l’araignée elle-même, laquelle est un trou noir gigantesque, tapi là, se nourrissant de phénoménales quantités de matière, aspirant tout, jusqu’à lui-même, cataclysme sidéral engloutissant les étoiles-insectes qu’il prend à son piège par centaines de milliards…
Voici l’image officielle qu’on nous en propose, prise par Hubble:

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Mais j’ai du mal à ne pas lui préférer celle-ci: cliquer ici

Pour en savoir plus: http://www.esa.int/esaSC/SEMFSIV74TE_index_0.html

Un matin de1994, dans l’arrière-pays varois. Une propriété immense, une fondation. Des petits chemins dans les collines, sous les arbres, des kilomètres de beauté sans rencontrer personne. Parfois, au détour d’un virage, une échappée vers l’horizon, des visions lointaines, et vers le Sud, là où la vue se perd, la mer, la lumière, un miroitement dont l’éclat se dissout dans la distance. Nous courons, Etienne et moi. Il me raconte sa maladie, son opération à la gorge, sa longue hospitalisation. Comment il s’est mis à écrire, parce qu’il était immobile et ne pouvait plus parler. Et comment il est devenu un cas médical, le premier patient qui, ayant subi une telle intervention, a recouvré la voix. Pas sa voix d’avant, mais une autre voix, sourde, feutrée, chaleureuse. Avec une sorte de clapet, m’explique-t-il. « C’est comme ça que je sais que nous faisons moins de 15 km/h. Plus vite, ma voix ne sort plus ».

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Une heure que nous courons, en terrain accidenté. Je fatigue. Pas lui. Nous débouchons sur une ligne droite. «Bon, eh bien si tu le permets, maintenant je vais me dégourdir les jambes ». Il accélère, me laisse sur place. Je me dis que son clapet a dû se fermer. Il s’éloigne à grandes foulées. Il va très vite. Il a franchi son mur du son.

A la vérité, si les poètes sont imaginatifs, les astronomes le sont aussi.
Ils ont trouvé dans le ciel une fourmi, avec pattes, thorax et abdomen.
Son corps est formé des lobes brûlants issus d’une étoile agonisante, semblable au Soleil. Ces étoiles qui meurent en éjectant leur matière pour former un nuage de gaz et de poussière s’appellent des nébuleuses.

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La fourmi est nébuleuse : c’est là son moindre défaut.

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Légèreté et détachement.

Je goûte la douceur bienheureuse de celui qui renonce spontanément à changer le monde. Qui y accepte sa place sans envier celle des autres. Qui sait qu’il a la chance que cette place soit bonne, et que la vie est brève. Qui est conscient de son privilège de ne connaître ni la guerre, ni la douleur, ni la pauvreté. Et qui s’efforce non seulement de ne pas détruire, mais de respecter ce cadeau que la providence lui a fait.

Il y a cette phrase magnifique d’un moine zen nommé Ryokan, cité par Denis Grozdanovitch dans son Petit traité de désinvolture:
“Au printemps, dans les allées aux cent fleurs, je joue à la balle. Si un passant m’interroge, je réponds: — Je suis un homme oisif qui vit à une époque de paix”.
La paix ne durera peut-être pas. Voilà pourquoi je chante.

Je suis un pessimiste heureux.

 

Nous nous apprêtions dimanche à tenir une table ronde sur « Comment chanter la poésie ? », lorsque le Salon du Livre fut intégralement évacué vers 17h15. Les hauts parleurs évoquaient la nécessité d’un «contrôle technique», tout le monde a compris qu’il s’agissait d’une alerte à la bombe, et tout le monde est sorti tranquillement.

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Comment chanter la poésie ? Entre deux alertes.

J’étais invité tout à l’heure à bloguer en direct du Salon du livre, dans l’espace « lectures de demain ». Je ne doute pas que mes amis les gens du livre sachent ce qu’est un blog. En revanche, ils semblent ignorer comment des mots et des images apparaissent sur un écran, puisque je me suis retrouvé face à une table nue : sans ordinateur, sans connexion (et accessoirement : sans siège), mais avec un beau panneau : « Je blogue, tu blogues, nous bloguons », que j’aurais volontiers rectifié en « J’aurais pu bloguer », mais il n’y avait pas non plus de stylo.

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Je suis invité dimanche 16 mars, sur ce même salon du livre, à participer à une table ronde sur le thème «Comment chanter la poésie», sur le stand du Ministère de l’Education nationale, de 17h30 à 19h. Peut-être n’y aura-t-il ni chant, ni poésie…

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Quand j’étais petit

J’ai fait le plein d’amour

J’ai eu de la chance

Demain est une case blanche
M’en sépare une nuit. Case noire. J’avance
Sur l’échiquier des jours dont j’ignore le bord
Et la règle. Suis-je un fou un pion ou une tour ?
Et qui me joue ?
Qui me déplace, au-delà de moi-même ?

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Le 29 février me parait un excellent jour pour réfléchir sur le temps. Et quel meilleur guide en ce domaine qu’Etienne Klein?
Ce qu’il y a d’amusant, lorsqu’on lit un livre d’Etienne, c’est qu’on se met à se poser des questions sur des choses évidentes, qui, à l’examen, se révèlent beaucoup plus ardues qu’on ne l’aurait d’abord pensé. Par exemple : le temps s’écoule, mais dans quoi ? Qu’est-ce qui le contient ? Et corollairement : quel est son moteur ? Qu’est-ce qui fait qu’il s’écoule ?
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Une idée de réponse qui me plait bien, c’est celle de l’espace-temps dynamique. L’espace et le temps sont en expansion. Le présent, c’est le bord de l’espace-temps. Nous sommes à sa frontière, sur une vague se déployant dans le vide. La vie, ce serait ça : surfer un moment sur cette vague vertigineuse. Derrière, que des noyés.


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