des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

Le fil des jours

Un aspect remarquable (et sans doute enviable) de ma vie d’artiste, c’est que plusieurs petites filles sont amoureuses de moi. Je pourrais penser que mon charme naturel continue d’opérer sur les femmes et les jeunes filles, mais je pense plutôt que c’est le fait de m’avoir vu sur scène, ou d’avoir entendu, en voiture ou à la maison, mes disques mis par leurs parents.
L’une d’elle (six ans) avec qui je me promenais récemment à la campagne, s’est débrouillée pour que nous prenions quelques longueurs d’avance sur ma femme, son père, sa mère et son petit frère, afin de m’avoir pour elle seule. Après m’avoir entretenu de tout et de rien pendant une heure, et voyant la fin de la ballade approcher, elle m’attire vers elle et me dit à l’oreille en rougissant: “On pourrait peut-être s’appeler demain?”
Une autre, du même âge, et dans des circonstances semblables, n’avait pas pris de détour. Elle s’était carrément arrêtée pour me dire, en me regardant bien dans les yeux:
– Jean-Pierre, je crois que je suis amoureuse de toi.
Puis, après un silence:
– Mais quand je serai grande, tu seras déjà mort.
Nouveau silence.
– Dommage…

A propos de mon article sur Gauss, on me fait remarquer que ma conclusion “je suis bien incapable de vous expliquer” est un peu à mon avantage: j’aurais plutôt dû écrire que j’étais incapable de comprendre (ce qui est la stricte vérité).
On suppose en effet, assez naturellement, que pour être en mesure d’expliquer, il faut avoir compris. Mais à ce postulat de bon sens s’oppose une formule, que j’ai entendu maintes fois répéter par mon grand-père maternel, qui était professeur: “Que ceux qui n’ont rien compris expliquent aux autres”.
Cette injonction paradoxale recouvre au moins deux vérités. Une vérité sociale d’abord, évidente et sans grand intérêt: beaucoup de ceux qui parlent (les politiques, les journalistes) ne connaissent pas grand chose aux sujets dont ils nous entretiennent.
Mais aussi une vérité pédagogique, beaucoup plus féconde, que le mode impératif “Que ceux…” nous pousse à découvrir : c’est souvent en faisant l’effort d’expliquer, donc de formuler avec ses mots à soi, un problème, que celui-ci finit par s’éclairer. Cela revient en fait à appliquer le “pas de côté” dont je parle avec Gauss: opérer un changement d’angle, de point de vue. Faire passer quelqu’un du statut d’interrogé à celui d’apprenant, en supposant de manière hardie que l’ignorant peut se comporter comme quelqu’un qui sait et que par ce simple fait il va en effet s’instruire, c’est le disposer de façon favorable, c’est user des moyens de la psychologie aux bonnes fins de l’enseignement.

Mon grand-père et moi. On le voit sur l’image s’assurer que je n’ai rien compris, avant de me demander d’en parler.
J’aime beaucoup l’Européen. (Pour ceux d’entre vous qui n’auraient pas été attentifs à mon actualité, ou qui ne recevraient pas les informations concernant mes futurs concerts, reportez-vous à l’annonce figurant ci-contre en haut à gauche, et inscrivez-vous à la lettre d’infos, ci-contre à gauche encore, mais un peu plus bas).


Je vais donc avoir le plaisir d’y chanter à nouveau dans un mois exactement, le 9 avril. C’est une salle dont la jauge (350 à 400 places) et la configuration (semi-circulaire) permettent un rapport privilégié entre l’artiste et les spectateurs. J’écris à dessein “spectateurs” et non pas “public”, car j’ai lu récemment un article qui établissait entre les deux un distinguo auquel je souscris. Le public est une masse de personnes plus ou moins indifférenciée, dont les réactions collectives sont principalement guidées par l’émotion. Les spectateurs restent des individus, et même s’ils sont nombreux, il n’est pas impossible pour l’artiste de s’adresser aussi à leur intelligence et à leur culture. Il me plait de penser qu’à l’Européen, ce sont des spectateurs qui sont dans la salle. C’est en tout cas le sentiment que j’éprouve lorsque j’y assiste à un spectacle. Comme c’est aussi ce que je recherche quand je suis sur scène, vous comprenez pourquoi ce lieu me convient.
Prenez vos places, et qu’on se le dise!

Je suis désolé d’infliger cette lecture aux âmes sensibles, mais puisque j’ai entamé une série sur les gestes vétérinaires, je poursuis avec la castration.
Le souvenir que j’en ai concerne un bovillon déjà costaud de 18 mois, qui incontestablement “duos habet” (ou plutôt habebat) “et bene pendantes”, comme on disait au XIIIè siècle.
L’opération consiste à inciser le scrotum, à dégager un des deux testicules, à l’envelopper dans un linge, et à tordre jusqu’à ce que le cordon spermatique cède. Il vaut mieux que la bête soit fortement maintenue.
On répète ensuite la manoeuvre avec l’autre testicule, sans relâcher le maintien de l’animal.
Après quoi on met un peu de poudre antiseptique dans les bourses désormais vides, on ramasse les testicules, on les rebaptise “rognons blancs” et on les fait frire à la poële avec de l’ail et des oignons.

Ca fait quoi d’être quasiment à poil sur une moto à 240 km/h?
Eh bien, curieusement, ça ne décoiffe pas, mais ça dégage les incisives inférieures (comme on peut le voir).


Ca me rappelle cette histoire à deux balles qui doit dater de l’école primaire (au temps où les casques n’étaient pas intégraux):
– A quoi reconnait-on un motard heureux?
– Aux moucherons collés sur ses dents.

Je garde de mes années de grec classique une tendresse particulière pour l’extraordinaire culture grecque.
On parle souvent de la civilisation judeo-chrétienne en parlant de l’Occident, mais pour moi, une bonne partie de ce qui nous éclaire est né sur les collines d’Athènes et les rivages d’Ionie. Me reviennent en mémoire les deux maximes inscrites sur chacun des frontons du temple d’Apollon à Delphes: “Gnoti seauton”, Connais-toi toi-même, et “Mêden agan”, Rien de trop. La sagesse par la connaissance, et la mesure…


Le soleil grec est celui d’une raison joyeuse.

Lorsque j’étais enfant, j’accompagnais souvent dans ses tournées un vétérinaire ami de mes parents. J’aimais beaucoup être avec lui. Pour le petit parisien que j’étais, c’était une plongée au coeur profond de la campagne, et la découverte de choses -naturelles ou non- que la vie des villes ne m’aurait jamais révélées.

L’un des gestes les plus spectaculaires (et toutefois fréquents) de sa pratique consistait à “fouiller” les vaches. Il s’agissait d’aller palper les ovaires de l’animal, afin de rechercher les causes d’une éventuelle stérilité : pas de veau, pas de lait, et la vache n’était plus qu’une bouche à nourrir.

Pour procéder à cet examen, il enlevait sa chemise, mettait un tablier, et enfilait sur son bras jusqu’à l’épaule un gant de plastique, qu’il enduisait d’huile de cuisine. Puis, le fermier maîtrisant la bête aussi fermement que possible, et moi chargé de dégager la queue, il enfonçait complètement le bras dans l’anus du bovin. Le rectum et le bas du colon étaient généralement encombrés de bouse, qu’il évacuait manuellement, pour pouvoir réaliser l’opération dans des conditions de clarté tactile optimale. A l’introduction, surprise, la vache meuglait, mais il était rare qu’elle se débatte beaucoup. Le schéma ci-dessous permet de comprendre aisément la manoeuvre.


Il se trouve que, chez la vache, l’éloignement des ovaires correspond exactement à la dimension du bras de l’homme.

Dans des pays comme l’Inde, où l’on est amené à procéder à des examens similaires sur des éléphants, le métier de vétérinaire demande davantage d’abnégation.

 

Le neuvième arrondissement de Paris est plein de surprises. On pousse une porte, et on se trouve totalement ailleurs.
J’ai rendez-vous chez un éditeur de musique. Adresse banale, immeuble lambda. Je franchis l’entrée. Un écriteau m’indique: “après la cour à gauche”. Je traverse la cour, ordinaire, et passe sous un porche. Et là… Un jardin, et sur le jardin un exceptionnel hôtel particulier, blanc, opulent, fastueux et discret.
– C’est l’ancien lupanar de Napoléon III, m’indique la personne qui m’accueille. En montant à l’étage, la Vie parisienne d’Offenbach me vient à la tête. “Je vais m’en fourrer, fourrer jusque là”.
En repartant, j’avise un magnifique salon de style Louis XV, avec parquet Versailles, dorures sur les portes et moulures au plafond, transformé en openspace.
– Qui sont les privilégiés qui ont hérité de cet endroit?, demandé-je.
– Ici? Ah! Ceux qui s’occupent du rap…

Petit dialogue contemporain :
– Dis-donc, tu as des nouvelles de X?
– X? Je ne le connais pas!
– Mais si tu le connais, j’ai vu sur facebook que vous étiez amis.
– Ah bon? Bah! tu sais ce que c’est, c’est pas parce qu’on est amis qu’on se connait…

Les enfants ont une plus haute idée de l’amitié, si j’en crois le site d’une classe de CM2. D’abord, ils pensent que pour être amis, “il faut se connaître”. Ensuite, qu’ “il ne faut pas dire qu’on est amis puis après changer d’avis”. Enfin, ce conseil fort utile pour préserver l’amitié:
“Si un ami nous invite, il ne faut pas casser ses jouets”.

Je déjeunais avec un ami dans un restaurant dont la cuisine s’avérait décevante. Très décevante, même.
Arrive la patronne avec la carte des desserts.


Mon ami l’interroge.
– Dites-moi, madame, est-ce que les desserts sont faits maison?
– Naturellement, Monsieur.
– Alors, un fruit.


Archives