des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

Le défilé du 11 novembre 1914 eut lieu à Dunkerque. On peut en lire le compte-rendu dans le journal Le Matin :

« [ Sont entrés dans la ville ] une trentaine de goumiers, Algériens au burnous bleus, juchés sur leurs petits chevaux fringants, précédés de leur chef, un caïd à la selle brodée d’or, décoré de la Légion d’honneur, et qui portait sur la manche de sa veste rouge les galons de lieutenant français. Ils encadraient une centaine de prisonniers allemands qu’ils avaient capturés. Troupeau veule et sans couleur, visages ahuris et résignés, ces captifs désarmés avançaient en rangs compacts, uniformément gris, sales ; visages, mains, bottes, vêtements élimés, tout était du même ton terreux ; ils regardaient autour d’eux d’un air étonné et se laissèrent docilement conduire jusqu’à la prison par les beaux Arabes aux visages de bronze, aux bottes de cuir rouge, aux harnachements incrustés d’argent, qui cavalcadaient fièrement jusque sur les trottoirs. »

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On admirera le talent de coloriste du journaliste, et l’opposition saisissante qu’il crée entre le troupeau veule, sale et terreux des Allemands (il ne les qualifie pas encore de boches, mais c’est évidemment ce qu’il pense), et le bleu, l’or, le rouge, le bronze, l’argent, des beaux Arabes, troupe éclatante et victorieuse, témoin de la splendeur et de la diversité de la France et de son armée, car la France c’était aussi l’Empire, donc le monde, et le monde n’allait pas se laisser bousculer longtemps par quelques teutons ahuris aux vêtements élimés.

Evidemment, le 11 novembre 1914, tout le monde ignorait qu’il y en avait encore pour quatre ans avant le 11 novembre 1918.

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