« loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais »

Suspendue à la branche d’un vieux marronnier, la balançoire proposait sa planche immobile à qui se laisserait tenter. Il était tard, il faisait nuit. Elle s’y assit en riant, allongea et replia alternativement les jambes pour donner de l’ampleur à son mouvement, et en un instant, elle retrouva des sensations vieilles de quelques dizaines d’années.

Quand elle atteignit l’horizontale, oscillant à cent quatre-vingt degrés, vers l’avant face collée aux feuilles et aux étoiles, vers l’arrière frôlant l’ombre sur le sol, elle lâcha un cri, un cri de frayeur joyeuse, un cri de tête qui tourne, de ventre qui se serre et de cœur qui bat, et elle éprouva un étourdissement bref, celui que provoque la dissolution furtive de l’espace et du temps, quand l’âge mûr et l’enfance se mettent en court-circuit et que l’on va et vient trop rapidement entre la terre et le ciel.

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Aguerre

Merveilleux moment, si bien décrit.

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