« loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais »

Cette vieille dame reçoit la visite de sa petite fille et de son fiancé. Elle ne peut plus parler, et n’y voit presque plus. Tous les deux se sont assis en face de son fauteuil, et le jeune homme lui a pris les mains, qu’il tient tendrement dans les siennes. Il la regarde, d’un vrai regard, elle lui rend. Un long moment se passe, en silence, les yeux dans les yeux. Puis il interroge : – Savez-vous qui je suis ?

Elle ne dit rien, bien sûr, mais elle répond en l’attirant vers elle, et voici qu’ils se penchent doucement l’un vers l’autre, leurs nez se touchent presque, et ils restent ainsi une, deux minutes, et leur dialogue muet devient visiblement si intense que la petite fille remarque, un peu gênée : – Mais tu lui fais du charme, Mamy !

La grand-mère ne cille pas, et hoche doucement la tête : oui. Elle ne quitte toujours pas le fiancé des yeux, et lui, loin de chercher à se soustraire, soutient l’échange, s’approche encore un peu, et pendant de très longues secondes, ils sont comme arrimés l’un à l’autre, des milliers de choses scintillent au fond de leurs pupilles, et ils se les donnent.

Puis il dit, mais ce n’est pas une question : – Est-ce que je peux vous embrasser ? et dépose sur sa joue, au coin des lèvres, un très long baiser d’une infinie douceur.

Quand il se relève, la vieille dame a fermé les yeux. Un sourire merveilleux éclaire son visage. Un bonheur radieux vient de faire irruption dans tout son être, et d’abolir sa douleur et ses rides, pour un éphémère et éternel instant.

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Klimt, le Baiser (détail)

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ac

Que la tendresse est belle

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