des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

Après avoir livré mon commentaire personnel sur la supposée “tristesse de la chair” chantée par Reggiani dans Rupture, ( et lu la note dont l’a agrémenté mon ami Jacques), je me suis interrogé sur “la chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres”, le vers fameux de Mallarmé.

Je me suis dit que ce devait être une pensée de “jeune”. Je trouvais, à examiner cette phrase attentivement, qu’elle relevait d’une sorte de pose désabusée : les mots sonnent bien, ils ont toutes les apparences d’une pensée profonde et définitive, et pourtant non : ce qu’ils expriment n’est pas la vérité, mais quelque chose de fabriqué, d’affecté, qui se donne comme une affirmation indiscutable, alors qu’il s’agit au contraire d’une position éminemment discutable et sujette à caution. J’ai donc vérifié. Et en effet, Mallarmé a écrit “Brise marine” à vingt-trois ans.

Au fond, tout trahit la jeunesse, dans ce vers qui se présente comme la pensée d’un vieux sage revenu de tout. Au-delà du fait que l’expérience de la vie contredit suffisamment la chair triste, le “hélas” (et lasse ?) est un peu trop théâtral. Et ce “et j’ai lu tous les livres” est suspect par son excès même. Si Mallarmé avait écrit “et j’ai lu tant de livres”, la phrase eût été moins percutante, mais plus troublante, plus insidieusement juste.

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Temps et Silence © Caroline Halley

2 réponses à La chair est triste ?

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