« loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais »
“Senghor à Bel Air”. Plus je chante cette chanson, plus ce poème du grand poète tunisien Tahar Bekri m’émeut. Il m’a expliqué les circonstances qui l’avaient inspiré.
Pour le premier anniversaire de la mort de Senghor, en 2002, une vingtaine de grands poètes africains (dont Tahar) furent invités par le gouvernement sénégalais à venir se recueillir sur sa tombe. Problème: Senghor n’était pas enterré. Sa dépouille attendait toujours dans un local provisoire son lieu définitif d’inhumation, qui faisait l’objet d’une dispute entre les autorités et une partie de la famille. Au bout d’un an, on décida finalement de l’enterrer au cimetière de Bel-Air, à Dakar. Quand les poètes arrivèrent pour la visite, les ouvriers venaient de refermer la tombe, et l’on n’avait pas eu le temps d’y planter de vraies fleurs (d’où ces “fleurs en plastique”, et ce “ciment encore frais”). C’est cet aspect dérisoire, ce côté “endormi” de l’Afrique (palabres et négligences, “tant de vicissitudes pour célébrer la farce solennelle”), cette “écume” des choses, que Tahar a voulu et su magnifiquement saisir.

© Jerôme Galichon
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