Cracher dans la soupe

Je vous recommande la lecture du Mal propre, le dernier livre de Michel Serres. Il y dissèque le lien profond, éthologique, qui existe entre le sale (ce que le corps, humain ou social, expulse : crachat, urine, fumier, sang, sperme, cadavres) et la propriété. Nos déjections et rejets marquent notre territoire. Quand on a craché dans la soupe, personne d’autre ne la mangera.


Or, d’une certaine façon, il en va de même avec les ordures et les déchets industriels. Si avec mon usine, je pollue un terrain, j’en expulse de facto le paysan qui en était propriétaire. Je crache dans sa soupe, il n’en jouira plus.


Aujourd’hui l’espèce, avec la puissance technique dont elle dispose, perpétue ce mouvement d’appropriation à l’échelle de la Terre. Elle pollue, mais cette fois sans limite. Fumées, gaz, ondes, radiations ne marquent plus d’espace précis. Le lieu disparaît. Le sale ne crée plus du propre (au sens propriété) mais l’annule. Inaugurons-nous la dépossession du monde ?

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