Freecell

Depuis des années, pendant des heures, je joue. Surtout la nuit, quand je ne trouve pas le sommeil.

Je joue sur mon iPhone. Freecell. Les parties succèdent aux parties. Il n'est question ni de gagner ni de perdre, juste de manipuler les cartes, virtuellement, et vite, de plus en plus vite, afin de parvenir à placer mon esprit dans un entre-deux qui n'est ni le jeu ni le reste, et de ne penser vraiment à rien.

J'ai passé un nombre d'heures astronomique sur ce jeu. Les statistiques le montrent. C'est effrayant. On pourrait croire que je suis complètement et débilement "accro". Mais ce n'est pas tout-à-fait le cas. Les statistiques enregistrent aussi les records. Chaque fois que j'ai battu celui de la partie la plus rapide, je me suis imposé un arrêt. A 1mn37s, je me souviens qu'il avait duré six mois. Puis j'avais repris en me disant : dorénavant, chaque fois que tu battras ce record, ce sera un an. Ça s'est produit. Du 15 août 2013 au 15 août 2014, je n'ai pas touché au jeu.

Dernièrement (le 15 février) j'ai amélioré mon record d'une seconde, c'est donc reparti pour un an de diète.

Je déteste l'idée d'être prisonnier de quelque chose, je n'aime pas les situations de dépendance. C'est un schéma psychologique chez moi très fort. Mais je n'aime pas non plus la prohibition définitive. Prenons la cigarette : il y a des années que je ne fume plus, mais je ne refuse pas d'en griller une, de temps à autre, avant de passer à nouveau plusieurs semaines sans y retoucher.

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Muriel

Schéma psychologique éminemment salvateur !
Mais qu’as tu fait des zones blanches de tes nuits du 15 août 2013 au 15 août 2014 ?
Carte blanche vers d’autres jeux, quelque PinkCell ou FreeVol avec Trucula Bonbon ou une autre Belle, jusqu’à ce que ta dépendance et leur indépendance ne te fassent lâcher prise ?