« loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais »
Quand mai 68 arriva, j’avais quatorze ans. J’étais en seconde. Je me souviens d’A.G. interminables où l’on passait des heures à débattre de la façon dont on allait voter. A main levée? A bulletin secret? –Votons là-dessus! –Mais comment? J’en conçus une méfiance spontanée pour les mouvements de masse. Les résolutions finalement adoptées contenaient des mots définitifs dont j’étais apparemment l’un des rares à entendre sonner le creux. Je me souviens aussi qu’on me somma publiquement et fermement à deux ou trois reprises de prendre position sur des sujets dont je n’avais pas la moindre idée. Mes réponses désinvoltes me valurent d’être copieusement sifflé par la foule, et escorté ironiquement par elle jusque dans les latrines à la turque de la cour de récréation.

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Un autre « camarade » eut droit au même traitement. Dans l’affaire, on nous malmena un peu. Je ne compris rien à tout ça. Je passai totalement à côté de l’enthousiasme révolutionnaire de l’époque. On dressa des barricades. Tout le monde se mit en grève. Le pays s’arrêta. Je me souviens de de Gaulle à la radio: “Je dissous aujourd’hui l’Assemblée nationale”. Et quelques jours plus tard, d’une vibrante manifestation gaulliste aux Champs-Elysées, à côté de laquelle je passai également. On marchait beaucoup. La parenthèse mit encore trois ou quatre semaines à se refermer. Arrivèrent les vacances. De fait, on y était déjà depuis longtemps.

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