des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

Dans son essai le Droit à la paresse, paru en 1880, Paul Lafargue (qui, détail intéressant, était le gendre de Karl Marx) dénonce « l’étrange folie » dont sont possédées les classes ouvrières : l’amour du travail. Il s’indigne : « les prêtres, les économistes, les moralistes, ont sacro-sanctifié le travail », et « au lieu de réagir contre cette aberration mentale », les petites gens ont mordu à l’hameçon. Le peuple, dans les mines, dans les usines a travaillé dur et en était fier, au point de se définir lui-même comme le peuple des travailleurs, ceux dont les bras et les mains sentaient « le courage, la force et l’honneur », par opposition aux mains blanches des riches, que Montéhus railla en chanson :

Ils ont les mains blanches (…)
Ça sent la paresse
C’est mou c’est gnangnan
Voilà c’qu’on appelle
Des mains de feignants

Les mains blanches (Montéhus / R. Chantegrelet) par Marc Ogeret

Lafargue faisait le rêve que la classe ouvrière se lèverait un jour « dans sa force terrible, (…) non pour réclamer le Droit au travail qui n’est que le droit à la misère, mais pour forger une loi d’airain, défendant à tout homme de travailler plus de trois heures par jour* », et qu’alors la Révolution pourrait peut-être s’accomplir, sans plus d’efforts, juste par refus du labeur, juste par soustraction à cette folie travailleuse, juste par la sidération que ce repos volontaire ne manquerait pas de provoquer chez les « Mains blanches », ces riches dont Bertrand Russell remarquera plus tard qu’ils ont toujours été choqués par « l’idée que les pauvres puissent avoir des loisirs** ».

* Paul Lafargue, le Droit à la Paresse
** Bertrand Russell, Eloge de l’oisiveté

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