des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

​On peut vivre dans un faux savoir pendant des décennies. C’était mon cas vis-à-vis du tournesol. Le nom de cette plante (son nom courant comme sa dénomination savante, héliotrope) veut dire : qui se tourne vers le soleil. Et donc, pendant des décennies, conforté en cela par les poètes (« le voyage autour du monde d’un tournesol dans sa fleur » chante Michel Legrand dans Les moulins de mon cœur), j’ai cru que le tournesol suivait le soleil dans sa course, et que sa fleur regardait le levant le matin et le couchant le soir.

Je l’ai cru alors même que j’avais souvent observé le contraire : en fin de journée les champs de tournesols tournent le dos au soleil. Mais, face à la force d’un nom exprimant, semblait-il, une vérité naturelle immémoriale, je n’accordais pas grand poids à mes observations, et je m’imaginais toujours que quelque raison particulière, liée à la géologie ou au climat, expliquait que les spécimens que j’avais devant les yeux soient exceptionnellement bloqués dans leur rotation.

Ce n’est que récemment que j’ai eu la curiosité de creuser l’affaire. J’ai consulté Wikipedia qui m’a appris que ce sont les feuilles des jeunes plants de tournesols, et plus précisément leur face supérieure, qui suivent le soleil, et « qu’à partir de la floraison, le capitule se fixe face à l’est ». Pendant un instant j’ai été satisfait d’en savoir davantage, et puis j’ai été triste de comprendre que les fleurs voyageuses venaient de s’évanouir.

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