des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

Montaigne écrit : « Je veux que la mort me trouve plantant mes choux, mais nonchalant d’elle, et encore plus de mon jardin imparfait.* » Ah ! Que ce « nonchalant d’elle » me plait ! Qu’il est simple, élégant, détendu ! Que nous dit Montaigne par cette nonchalance ? Que le fait de mourir, il ne faut pas en faire toute une histoire, ni s’en soucier plus que de cela. La mort est inévitable ? La perfection hors d’atteinte ? Soit. Prenons-en note, et que ça ne nous empêche pas de planter nos choux.

Nonchalant était alors le participe présent du verbe nonchaloir, qui n’existe plus, et qui signifiait « ne pas s’occuper de ». Vers 1160 est attestée la locution «  mettre en nonchaloir » dont l’équivalent aujourd’hui est « laisser à l’abandon ». C’était le contraire de chaloir, verbe défectif qui subsiste seulement à la troisième personne du singulier dans l’expression « peu me chaut » : peu m’importe, je ne m’en soucie guère.

Chaloir signifiait clairement : importer, avoir de l’intérêt. Et chaloir a donné chaland : au départ l’ami, le protecteur, puis la personne charitable qui fait des dons en nature ou en espèces, puis (puisque l’argent vient de s’en mêler) le client, et même, chez Rabelais, le coquin. Achalandage, chalandise : on entre dans le domaine du commerce, du négoce.

Le nonchalant échappe au négoce. Il ne déploie pas sa vie dans cette dimension. Il ne produit pas pour produire, il ne cherche pas à avoir, à retenir, à posséder. Il est celui qui admet ses limites et qui a vis-à-vis d’elles l’élégance du détachement.

* Essais, I, 20

2 réponses à Nonchalant

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