des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

Mademoiselle Du Parc était prénommée Marquise. Du Parc était le nom de son mari, on aurait donc dû l’appeler Madame Du Parc, mais elle était comédienne, et c’est le privilège des femmes de scène d’être appelées Mademoiselle quels que soient leur âge ou leur statut matrimonial. Son Du Parc de mari était, nous dit-on, « un gros jeune homme spécialisé dans les rôles de valets » qui appartenait à la troupe de Molière. C’est peut-être ce qui le rendit séduisant aux yeux de cette femme fort belle, qu’il épousa en 1653, quand elle avait vingt ans.

jupe-fendue-satin-jeanne

Ses charmes ne laissèrent pas Molière insensible, et elle fit aussi tourner la tête à Corneille. Celui-ci, l’ayant vue dans une scène où elle jouait la Nuit, vêtue d’une tunique sombre mais fendue, à côté de Madeleine Béjart qui jouait la Lune, lui avait laissé ce billet : Ténébreuse déesse, un oeil bien éclairé / Dans tes obscurités eût cherché sa fortune / Et je n’en connais point qui n’eût tôt préféré / Les ombres de la Nuit aux clartés de la Lune. Comme cela ne lui avait pas suffi pour arriver à ses fins, il composa ces Stances à Marquise (que Brassens mit plus tard en musique). Cela ne suffit pas non plus.

Marquise avait donc de très jolies jambes, et aimait les montrer. Henry Lyonnet rapporte dans son Dictionnaire des comédiens français qu’elle excellait non seulement dans le théâtre, mais aussi dans les ballets, et qu’ « elle faisait certaines cabrioles remarquables, car on voyait ses jambes et partie de ses cuisses, par le moyen de sa jupe fendue des deux côtés, avec des bas de soie attachés au haut d’une petite culotte ». Est-ce cette fente qui émut Racine ? Il se pencha en tout cas de très près sur l’affaire. Il écrivit pour Marquise le rôle d’Andromaque, qui n’est pourtant pas le plus olé-olé du répertoire, mais ne se contenta pas de vers sublimes : il la mit enceinte. Elle mourut hélas peu après, à trente-six ans, des suites de l’avortement de l’enfant qu’elle portait.

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