des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

​En m’asseyant sur l’étroit strapontin à côté de lui, je l’ai un peu bousculé. — On est serrés, hein, dans le métro, me dit-il.

Il avait un air à la fois fatigué et serein. En guise de réponse je lui ai souri. Il s’est mis à me parler. Il a commencé par énoncer ce que j’ai pris pour quelques banalités sur le temps, puis, comme il voyait que je l’écoutais, « c’est très important, vous savez, le temps qu’il fait, quand on vit dans la rue. »

Il était pauvrement mais proprement vêtu, et n’avait pas l’allure de quelqu’un qui vit dehors. « J’en suis sorti maintenant, poursuivit-il. Mais vous n’avez pas idée comme on y tombe vite. Des problèmes au boulot, des tensions en famille, l’alcool… ça arrive comme ça. Vous croyez que vous en êtes loin, mais vous êtes tout au bord. Mais je vous embête avec mes histoires… — Non. »

Non, il ne m’embête pas. Il me raconte. Les stations passent. Je pense que nous devons avoir à peu près le même âge. Visage carré, bien rasé avec une petite moustache, restes de bouffissures. Gentillesse immense dans ses yeux petits et marrons.

— C’est sympa que vous m’écoutiez. Une vraie écoute, de la part d’un inconnu, c’est très rare, je peux vous le dire. Savez-vous ce que je crois ? C’est Dieu. Je crois qu’Il est là entre nous. Vous n’avez pas dressé vos défenses, vous n’avez pas fermé votre cœur : vous avez permis qu’Il s’installe ici un moment. C’est d’ailleurs ce que dit, plus ou moins, l’Evangile. « Quand deux ou trois personnes… » Vous connaissez ? Moi c’est en lisant l’Evangile que je m’en suis sorti.

Il regarde par la fenêtre et ramasse sa sacoche. — Bon, je descends ici. Merci d’avoir partagé ce court voyage.

Nous nous serrons la main. Je suis troublé. C’est la première fois que je serre la main à un ange.

Une réponse à L’ange du métro

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