des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

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La Hune a fermé. Définitivement. La célèbre librairie avait depuis quelque temps quitté son emplacement historique, à l’angle de la rue Saint Benoît et du boulevard Saint Germain, entre le Flore et les Deux Magots, pour se mettre à la place de l’ancien Divan (parti quant à lui rue de la Convention), et laissé ses murs à une entreprise bien plus lucrative, bien plus spectaculaire, et, disons-le, bien plus pertinente dans un Paris désormais livré aux touristes étrangers et aux commerces destinés à iceux. (La librairie parisienne « classique » ne sert, constatons-le, plus à rien. Pour l’achat de livres, il y a Amazon, à la rigueur la FNAC. Pour le folklore, il y a les bouquinistes.)

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La Hune appartenait autrefois au Groupe Flammarion. Du temps que je le dirigeais, j’aimais passer de temps à autre un moment avec Georges Dupré, le patron légendaire de la librairie. C’était un homme affligé d’une paralysie faciale qui lui donnait un air sévère et courroucé et rendait son élocution difficile. Du coup, par un effet d’imitation, les employés ne s’adressaient quasiment jamais à la clientèle, tout en affichant des têtes comme des portes de prison. Seules trois personnes avaient droit, disait-on, à un sourire : François Mitterrand, Catherine Deneuve, et Anne Sinclair.

Un jour où nous discutions lui et moi, je remarquai un monsieur très chic, qui arpentait en soupirant tous les rayons du magasin, sans parvenir à trouver l’ouvrage qu’il était venu chercher. Personne ne venait à son aide. N’y tenant plus, et surmontant son intimidation, il s’approcha de nous pour demander : – Pardon, Messieurs, savez-vous où je pourrais trouver un livre de Maurice Blanchot ? Et Georges, haussant les épaules, sans même lui jeter un regard : – à B !

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