des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

J’ai toujours eu l’intuition que Maman mourrait au printemps.

C’était à la fin de mars ou au début d’avril, il y a six ans. Elle avait été hospitalisée pour une embolie pulmonaire. Je venais la voir tous les jours. Le contraste était frappant entre la vigueur du jeune printemps qui se déployait au-dehors et le corps épuisé de Maman qui somnolait dans son lit. Je restais longtemps en silence dans la chambre, saisi par la quasi-certitude de sa mort prochaine, et mes sensations avaient fini par se métaboliser en chanson : Dernier printemps.

J’invite tous ceux qui le voudront bien à s’associer en esprit, aujourd’hui à 15h15, au dernier adieu que nous dirons à Janine Arbon-Ducasse, afin que malgré le confinement et les restrictions qu’il impose, nous ne la laissions pas accomplir seule son dernier voyage. Ceux qui le veulent pourront dire une prière, ou observer un moment de silence, ou écouter ma chanson, ou entendre François-Frédéric Guy interpréter spécialement pour elle le 2è mouvement de la sonate Pathétique de Beethoven, ou encore dire ce poème de Baudelaire justement intitulé Recueillement, qu’elle aimait tant :

Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.

Tu réclamais le Soir ; il descend ; le voici :

Une atmosphère obscure enveloppe la ville,

Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

Pendant que des mortels la multitude vile,

Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,

Va cueillir des remords dans la fête servile,

Ma Douleur, donne-moi la main ; viens par ici,

Loin d’eux. Vois se pencher les défuntes Années,

Sur les balcons du ciel, en robes surannées ;

Surgir du fond des eaux le Regret souriant ;

Le Soleil moribond s’endormir sous une arche,

Et, comme un long linceul traînant à l’Orient,

Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.

 

Paroles de Dernier printemps :

Un corps diaphane
Dans un grand lit
La vie se fane
Jadis jolie
Dans l’ombre vague
Enfeuillagée
L’esprit divague
Presque étranger

Le cœur saccade
Comme hésitant
En embuscade
La nuit attend
Tissant sa toile
Semant son grain
De ses étoiles
Tombe un chagrin

Soupirs qui rôdent
Reflets glissants
Joies en maraude
Bonheurs absents
Comme en un rêve
Tout a passé
La vie est brève
A traverser

Dieu nous protège
Rideaux tirés
Sur le cortège
De nos regrets
Gentils atomes
Dispersez-vous
Bonjour fantômes
Tout est à vous

Fleurs en cascade
Merle chantant
Passez muscade
C’est le printemps
Dernier printemps

3 réponses à Dernier printemps, recueillement #30mars15h15

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