« loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais »

Il y a quelque chose d’amoureux dans les moments où l’inspiration tourne autour de soi. C’est une sensation physique, un serrement au ventre, une respiration qui se creuse : on sent qu’on a envie de composer ou d’écrire, on sent que quelque chose pourrait advenir. Cela ressemble à du désir, on en est d’abord étonné, puis on se met à la guitare, ou au piano, en essayant de frayer un passage à ce qui, au fond de soi, semble vouloir venir au jour.

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C’est ensuite, une fois qu’on se trouve face à quelques mots associés à quelques notes et qu’un embryon de chanson est là, que s’amorce le vrai travail. Je ne saurais mieux le comparer qu’à celui d’un archéologue tentant de reconstituer un texte dont il ne dispose que d’un fragment. Ce que je tiens, qu’est-ce qui peut bien venir avant, et après ? Est-ce un bout du couplet, une partie du refrain ? De quoi est-ce que ça parle vraiment ? Je suppute, j’extrapole, j’imagine, j’interpole, je renverse, j’invente. Enfin, je parviens à trouver le cadre : le nombre et la longueur des couplets et du refrain en fonction d’une première approximation de la durée totale de la chanson. Simultanément je mets à jour les contraintes d’écriture, aussi bien textuelles (nombre de vers, nombre de syllabes pour chaque vers, nature des rimes) que musicales (tempo, suites harmoniques, altérations). Tout ceci fonctionne comme autant de découvertes, découlant plus ou moins nécessairement du fragment initial, jusqu’à l’achèvement du puzzle, – ce qui peut prendre une heure, ou des semaines, ou des années –, ou jusqu’à son abandon.

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Claudine

Tiens n’est-ce pas la reproduction du parchemin que Pacha t’avait confiée ? Grimoires et chansons… la passion est tout aussi puissante chez l’un et l’autre.

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