Dramaturgie d’un concert

La dramaturgie d’un concert (j’espère que je ne vais pas choquer mon ami Maurice en écrivant ce propos apparemment -mais peut-être pas très- catholique) doit pour moi se caler d’une certaine façon sur celle de la messe. C’est curieux à exprimer ainsi, étant donné le nombre de fois (enfant surtout) où je me suis ennuyé à la messe, et pourtant…

coltrane_extase.jpgJohn Coltrane

Comme dans la liturgie, le concert se construit en montée jusqu’à un pic émotionnel, qui se trouve à peu près aux deux tiers du parcours. A la messe, entrée, lectures, offertoire amènent à la consécration, c’est-à-dire au moment du mystère eucharistique, quand les hosties deviennent le corps du Christ. Sur scène, cela se traduit par un début et un milieu de concert où toutes les balises musicales sont posées, les thématiques déployées, les échanges avec le public nourris et suffisamment développés pour procéder au décollage. Le coeur du concert se déroule en trois chansons: une première qui, par rapport à celles qui l’ont précédé, est hors normes ou susceptible d’être traitée comme telle: puissance, force, durée, avec une plage musicale où les musiciens peuvent lâcher la bride et laisser éclater leur joie ou leur rage de jouer; une autre presque silencieuse, fragile, méditative, solitaire, recueillie; et une dernière qui vient s’épanouir par-dessus les deux autres, comme une figure insolite et accueillante apparaissant sur la rive du pays lointain où l’on vient (si tout va bien) d’aborder.

Invocation, génuflexion, élévation: pour ceux qui étaient à mon concert d’avant-hier à l’Européen, cette séquence était composée de M’enfuir vers toi / Senghor à Bel-Air / Il pleut au paradis.

Ensuite, le temps est venu de communier, c’est-à-dire de se réjouir et de faire la fête, et de chanter tous ensemble avant de se séparer en s’embrassant.

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