De quoi parle-t-on?

Les conversations, on ne sait parfois pas bien ce qu’elles recouvrent. Par exemple, celle que je relatais hier entre mon père et mon grand-père maternel ne concernait-elle que l’usage du micro dans la chanson, ou recouvrait-elle subtilement un antagonisme sous-jacent?

Il y a dans l’Homme sans qualités, de Robert Musil, une scène que je cite ici de mémoire.
Deux hommes et une femme sont à la table d’un restaurant. Les deux hommes discutent ferme sur un sujet superficiel et a priori peu impliquant. La femme se tait. Vers la fin du repas, la conversation prend soudain un tour agressif. L’un des protagonistes s’éclipse alors pour aller aux toilettes, et tandis qu’il satisfait à un besoin naturel, il en profite pour réfléchir à ce qui est en train de se passer.
– C’est curieux, se dit-il. Et si toutes nos pensées n’étaient au fond que sympathie ou antipathie? Nous sommes en train de parler d’un sujet auquel je n’avais jamais vraiment réfléchi, et qui en vérité m’importe peu. Et pourtant je suis là à défendre un point de vue violemment opposé à celui de X. Qu’est-ce qui m’amène à prendre cette position? Rien d’autre que le désir de me confronter à X. Nous aimons la même femme. Elle n’a pas clairement fait connaître auquel des deux allaient ses faveurs. Alors, devant elle, et pour elle, comme en un tournoi, nous nous battons.

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nathalie

“Deux coqs vivaient en paix: une poule survint,
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