J’étais dans le TGV. À l’intérieur de la voiture, un écran indiquait fièrement que nous roulions à 320 km/h quand soudain, dans un éclair de lucidité, ou sous l’effet d’une rêverie temporaire, le TGV s’effaça et laissa la place à la course de ma vie. Le train était ma vie et je fonçais vers l’arrivée, vers la fin. Les années défilaient, ainsi que les gens que j’aimais, et il y en avait tant désormais qui restaient en arrière et dont je m’éloignais, mais pas moyen de s’arrêter, pas moyen de descendre, pas moyen même d’ouvrir la fenêtre et d’agiter la main, j’étais prisonnier d’un couloir de temps qui me menait sans recours d’un point N à un point M, je ne pouvais rien y changer ni rien faire d’autre que tenir la main de Claudine à côté de moi, en regardant par la fenêtre les collines paisibles de septembre, et les nuages déchirés, déchirants, tous les joyeux, menaçants et inaccessibles nuages.

L’Amour donne accès à l’éternité, nous donne la possibilité de nous libérer du couloir de l’Espace-Temps. L’ Amour et sa compagne fidèle, la Vérité, nous libèrent. C’est bien ce que vous avez compris en vous tenant la main.
Jean-Pierre, de charmants petits trains de campagne nous invitent encore à descendre un temps, puis à remonter à destination de la station M, et redescendre encore pour y rencontrer d’autres voyageurs et d’autres passantes !