​En attendant Bojangles

« Mon père m’avait dit qu’avant ma naissance, son métier c’était de chasser les mouches avec un harpon. Il m’avait montré le harpon et une mouche écrasée.
— J’ai arrêté car c’était difficile et très mal payé, m’avait-il affirmé en rangeant son ancien matériel de travail dans un coffret laqué. »

Ainsi débute le roman d’Olivier Bourdeaut, En attendant Bojangles. Il y a le père, le fils, et la mère, qui « ne voulait entendre parler ni de tracas ni de tristesse », et qui dansait « tout le temps, partout » sur la même chanson de Nina Simone, Mister Bojangles (he jumped so high, he jumped so high, then he lightly touched down).

Ce livre est un bijou : de fantaisie, de drôlerie, d’émotion. Rarement un récit aura fait percevoir avec autant de sensibilité la face claire et vénéneuse de la maladie mentale : non pas son côté douloureux pénible et terne, mais cette échappée poétique, colorée, fleurie, joyeuse qu’elle propose parfois vers une vie imaginaire certes, mais augmentée. Une vie intense et instable où de nouvelles lois règnent, des logiques alternatives, des fêtes vertigineuses, des libertés bouleversantes, une vie de danse au-dessus du gouffre, une vie comme une consumation dévorante dont, quand tout est brûlé, la lumière ne s’éteint pas.

En attendant Bojangles, d’Olivier Bourdeaut, éd Finitude

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