« loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais »

C’est un endroit étrange, âpre, magnifique. Une île par intermittence. L’isthme se ferme trois heures avant la marée haute, et se rouvre trois heures après elle. Léo Ferré a vécu dans ce fort dans les années soixante, où il a composé, peut-être, Avec le temps.

Je viens d’avoir le privilège d’y passer quelques jours. Dans le grand salon dont la vue donne à l’Est sur la mer et la côte, il y a un immense canapé en demi-cercle qui fait face à la baie vitrée. Et en arrière du canapé, contre le mur, un Steinway, sobrement majestueux, dont on se demande, puisqu’il n’y a ni route ni bateau pour accéder au Fort, comment on a bien pu l’apporter jusque là.

Je me suis assis à ce piano, face à cette vue, dans cette pièce chargée d’histoire. J’y ai balbutié quelques chansons de Léo, joué celles des miennes où je m’accompagne au clavier, composé une petite mélodie, et voyagé longuement sur le fa dièse de la deuxième octave, à cheval sur le songe, la mémoire et la mer.

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