« loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais »

Quand on parle aujourd’hui de la chanson française, on a tendance à oublier Guy Béart. C’est peut-être parce qu’il n’est pas encore mort. Peut-être aussi parce que, comme interprète, il n’est pas, en effet, inoubliable. Peut-être enfin parce que, comme auteur-compositeur, on ne l’identifie pas à un style particulier, qu’on ne se dit pas “tiens, ça c’est du Béart”, comme on se dit c’est du Brel ou c’est du Brassens. Mais c’était un bon “facteur de chansons”, un artisan extrêmement talentueux, ce qui ressort d’autant plus clairement quand il est chanté par d’autres, comme ici par Patachou.

Du Bal chez Temporel, Béart a écrit la musique, mais une partie seulement des paroles. Il est parti d’un joli poème d’André Hardellet, qui s’intitulait: Le Tremblay, que je copie ci-dessous. Il aurait pu le mettre en musique sans rien y changer. Mais finalement, ce qu’il en a fait est mieux.

Le Tremblay

Si tu reviens jamais danser
Chez Temporel, un jour ou l’autre,
Pense à ceux qui tous ont laissé
Leurs noms gravés auprès des nôtres.

Souviens-toi : quand tu l’as choisie
Pour tourner la valse en mineur,
La bonne chance enfin saisie,
Deux initiales dans un cœur.

Pense à ta jeunesse gâchée,
Sans t’en douter, au fil des jours,
Pense à l’image tant cherchée
Qui garderait son vrai contour.

Des robes aux couleurs de valse
Il n’est demeuré qu’un reflet
Sur le tain écaillé des glaces,
Des chansons – à peine un couplet

Mais c’est assez pour que renaisse
Ce qu’alors nous avons aimé
Et pour que tu te reconnaisses
Dans ce petit bal mal famé

Avec d’autres qui sont partis
Vers le meilleur ou vers le pire,
Avec celle qui t’a souri
Et dit les mots qu’il fallait dire.

Oui, si tu retournes danser
Chez Temporel, un jour ou l’autre,
Pense aux bonheurs qui sont passés
Là, simplement, comme les nôtres.

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