Je suis tombĂ© dans la chanson Ă cause de Papa. Il chantait souvent, surtout dans sa salle de bain, en Ă©coutant la radio. Ce ne sont pas les infos qu’il Ă©coutait dans le poste, mais les chansons. Il les connaissait toutes: non seulement toutes celles de sa jeunesse Ă lui, mais aussi celles que chantaient ses parents. De 1900 Ă 1955, c’Ă©tait l’intĂ©grale. Après, il est devenu plus sĂ©lectif: le rock, le yĂ©yĂ©, les chanteurs “Ă textes” ou Ă messages, il les a laissĂ©s de cĂ´tĂ©. Papa aime la chanson qui se chante, avec une belle mĂ©lodie et si possible de jolies paroles. A 89 ans, il est toujours rare de passer un moment avec lui sans qu’une chanson lui vienne sur les lèvres.

Pourtant, il n’aime pas trop que je chante. Quand j’ai commencĂ© Ă faire de la scène, il m’a dit :”Est-ce que tu vas bientĂ´t arrĂŞter de faire le jacques?” Il le pense toujours. C’est Ă©trange, la distance considĂ©rable qu’il y a entre la façon dont il a toujours vĂ©cu et la vie d’artiste. Elle ne l’attire pas, ne le fascine pas. Il n’aime pas vraiment le spectacle, ni les chanteurs d’ailleurs. Pour lui c’est la chanson qui prime, la chanson avant tout, la chanson comme il l’aime, cette petite chose lĂ©gère qui vous court dans la tĂŞte et le coeur, et vous incite Ă la jubilation de faire fonctionner votre gorge et vos poumons. Peu importe que ce soit tel ou telle qui la chante ou qui l’ait Ă©crite, peu importe qu’elle soit gaie ou nostalgique, profonde ou futile : sa qualitĂ© première doit ĂŞtre d’ĂŞtre contagieuse, de donner envie de chanter.

Sans chanteur et sans auteur de chanson il n’y aurait pas de chanson Ă chanter.
Votre papa doit sans doute chanter les vĂ´tres en douce ou pas dans sa salle de bain -tout fier qu’il doit ĂŞtre de son fiston.
C’est toujours les plus prompts Ă stigmatiser les fautes d’ortograf qui sont pris Ă leur propre piège: donc il manque un “s” Ă “somme”…
“Faire le Jacques”? Tonton Jacky et moi somme vexĂ©s….