« Frères humains qui après nous vivez » : ainsi commence l’extraordinaire Ballade des Pendus de François Villon.
Michel Arbatz, qui l’a incluse dans son spectacle Villon la Vie, fait remarquer que si ce vers est si saisissant, c’est en raison du temps du verbe : on attend le futur, « qui après nous vivrez », et on a le présent.
No future. Villon est punk. Les pendus n’ont pas de futur. Ils sont, comme tous les morts, nos éternels contemporains. “Après” gouverne le présent, et se dissout en lui.
(On retrouve ce même anéantissement temporel quatre siècles plus tard sous la plume de Verlaine : « Et vraiment, quand la mort viendra, que reste-t-il ?»)