Marot Marbeuf

Je passais en marchant à l’angle de la rue Clément Marot et de la rue Marbeuf, lorsque le croisement de ces deux rues en Mar frappa mon esprit : je me mis à songer à ceux qui leur avaient donné leurs noms.

Marot, je connaissais : un délicieux poète, du temps de François Ier, un maître en charme et légèreté qu’admirait beaucoup La Fontaine, et dont j’étais capable de réciter des vers:

Dedans Paris ville jolie
Un jour passant mélancolie
Je fis alliance nouvelle
A la plus gaie demoiselle
Qui soit d’ici en Italie
Dedans Paris

Mais ce Marbeuf, qui avait une plus belle rue que lui ?

Ma surprise, rentré chez moi, fut de découvrir que Marbeuf, Pierre de Marbeuf, était lui aussi un poète. Et un assez joli poète, d’ailleurs, né en 1596, cent ans exactement après « maître Clément », et mort en 1645. J’en retiens ici les deux quatrains d’un sonnet intitulé Le sein d’Amaranthe :

Mon esprit qui toujours d’un vain espoir s’apaise,
Compare votre sein, dont je suis envieux,
A de jeunes boutons, puis il dit à mes yeux :
Si vous les pouviez voir, ne mourriez-vous point d’aise ?

Ainsi dans mon esprit s’allume une fournaise,
Et son feu se nourrit d’un objet gracieux,
Qui me fait concevoir en tout et en tous lieux,
L’enflure de ce marbre où fleurit une fraise.

Gabrielle-d-Estrees.png

« L’enflure de ce marbre où fleurit une fraise » !… Voici que désormais des cônes de chair s’épanouissent, dans le triangle d’or de Paris.

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