C’était peut-être une parodie des Burgraves de Victor Hugo (à moins que ce n’ait été la pièce elle-même. Je ne sais. Le théâtre de Victor Hugo n’est pas tout-à-fait ma tasse de thé. Il se peut que je confonde.)
Subsiste dans mon souvenir cette scène étrange : la grande salle d’un château est occupée par une assemblée de vieux barbus graves (d’où la référence, ou la confusion) et soucieux. Deux d’entre eux dialoguent, dont l’un a l’air encore plus âgé que l’autre. On comprend que ce sont le père et le fils. Et du haut de ses quatre-vingt dix ans, le père dit soudain à son fils (qui a largement passé le cap des soixante, et se lisse rêveusement les poils) : – Ne te touche pas la barbe !
J’avais beaucoup ri. C’étaient deux vieux à barbe blanche, et le père traitait toujours le fils comme un enfant. Vu de mes vingt ans, c’était le comble du ridicule et de l’invraisemblable.
Aujourd’hui pourtant, considérant certains échanges qu’il nous arrive d’avoir, mon vieux père et moi, je sais que c’est possible, même si ma barbe à moi est taillée court, et que je ne passe pas mon temps à la caresser.