des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

Mon vieil ami Jacques Langlois s’est enfin décidé à écrire sur Tintin. Je ne sais pourquoi il ne l’a fait plus tôt. Ce n’est pas faute de l’y avoir encouragé. Car pour tous ceux qui, comme moi, ont été dans leur enfance des lecteurs assidus de Tintin, Jacques incarne une sorte d’accomplissement.

Voilà en effet un gamin qui à sept ans envoie quelques dessins au père de son héros, pour lui manifester son admiration et lui présenter ses vœux. Hergé, à sa grande surprise, lui répond. Il renouvelle l’opération l’année suivante. Débute alors une correspondance épistolaire qui, au fil des ans des lettres et des rencontres, se poursuivra jusqu’à la mort d’Hergé en 1983, et évoluera en une vraie amitié. Puis Jacques fera la connaissance de Tchang, l’ami de Tintin, le petit Chinois du Lotus bleu et de Tintin au Tibet, et nouera également de véritables liens avec cet homme qui, devenu sculpteur, s’installera à Paris sur ses vieux jours.

S’il est donc quelqu’un de légitime pour prononcer l’éloge de Tintin, parce qu’il en a une connaissance intime et pas seulement livresque et qu’il lui est fidèle depuis son plus jeune âge, c’est bien lui. Je crois que s’il avait pu, il se serait volontiers aussi lié avec les Dupondt, Haddock, Tournesol, la Castafiore, et toute la bande, jusqu’à Rastapopoulos et Séraphin Lampion. Et d’ailleurs, tous ces personnages, chapitre après chapitre, il les passe en revue : il évoque les conditions de leur apparition ou de leur réapparition au fil des albums, retrace leur parcours, médite sur leur caractère. Non seulement il les replace dans l’épopée tintinesque mais il indique aussi leurs liens avec la vie d’Hergé (le cas des Dupondt étant sans doute le plus remarquable) et analyse ce qu’ils disent de l’époque dans laquelle se situent leurs aventures.

Sur tous, Jacques a enquêté. Il a échangé avec des personnalités aussi inattendues que Régis Debray ou l’amiral Philippe de Gaulle, fils du Général, pour savoir s’il était vrai que ce dernier, comme l’affirmait Malraux, ne se voyait pour « rival international » que Tintin. Il rapporte des conversations, des rencontres, des souvenirs, et le tout donne un petit livre alerte, érudit, distrayant, très agréable à lire, qu’il n’est nul besoin d’appartenir au cercle des tintinophiles pour apprécier.

L’ouvrage sort aujourd’hui en librairie, ce qui ne veut pas dire grand chose par ces temps de confinement, excepté qu’on peut dès maintenant le commander en ligne.

 

Petit éloge de Tintin, de Jacques Langlois, éditions François Bourin, 12€

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