des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

C’est une dame septuagénaire toute ronde, toute frisée, toute pimpante. Nous nous faisons quelques politesses au moment de monter dans le train. Elle entame la conversation d’une voix joyeuse. — Vous allez jusqu’à Bordeaux ? A Paris ? Parce que moi, je m’arrête à Dax.

Elle s’assied sur un siège à la hauteur des nôtres, de l’autre côté du couloir. Le train démarre. Il n’y a personne autour de nous, elle en profite pour s’installer confortablement, prendre ses aises. Elle étale son manteau son chapeau et son écharpe, et sort de son sac un flacon de vernis rouge vermillon. Puis, en commençant à se faire les ongles, elle reprend la parole avec un large sourire.

— Je m’arrête à Dax parce que je vais à des obsèques. (Son air guilleret, tout d’un coup, nous intrigue.) — Bon, c’était une personne très âgée, il faut bien mourir un jour, n’est-ce pas ? Alors pour ceux qui restent, comme moi, c’est l’occasion d’une sortie… C’est pour ça, bien que les obsèques ne soient que cet après-midi, que j’ai pris le train ce matin…

Son œil pétille de plus en plus. Notre étonnement grandit encore. — Et là, telle que vous me voyez, je m’en vais déjeuner dans un petit restaurant de ma connaissance, où le chef fait une cuisine délicieuse. Plat du jour et dessert pour 13 €… Et copieusement servi… Je suis un peu gourmande, c’est vrai…

Son visage s’est dilaté, ses ongles rutilent, la perspective de ce repas la met au bord de l’extase. Je ne crois pas qu’on puisse être de meilleure humeur en se rendant à un enterrement.

© Dubout

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