des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire

Ce n’est pas le moindre mérite des défunts que de faire méditer les vivants sur leur propre vie. En recoupant le parcours de Jacques, tel que Claudine l’a retracé, avec les nombreux souvenirs que j’ai de lui, apparait un homme plus cohérent et plus profond encore que je ne l’avais imaginé. Il avait quelque chose de très puissant dans ses engagements. Il n’était pas un tiède, il ne craignait pas de témoigner en faveur des causes qu’il croyait justes. Il avait, si j’ose dire, la bonté virulente. Au fond, son attitude avait un nom : l’ardeur. Et je l’en admirais.

Et voici qu’en évoquant sa mémoire, il se dresse au-dessus de moi, telle une statue du commandeur bienveillante, et que muettement il m’interroge : et toi, Jean-Pierre, de quoi pourrais-tu bien témoigner ?

De pas grand chose, je le crains, du moins qui aurait eu spontanément de la valeur à ses yeux. Pourtant il m’aimait bien, moi qui aime me tenir à l’écart du monde et le considérer à distance, moi qui fuis la mêlée et redoute le combat. Il a dû prendre cela au début pour de la lâcheté ou de l’inconsistance. Peu importe. Nous avons été par la suite, et par bonheur, capables de tisser des liens assez forts pour qu’ils survivent à son départ, si bien qu’il continuera sans doute longtemps, post mortem, à questionner ma conscience et à sonder mon cœur.

Et pour cela, entre autres, il m’a laissé sa fille.

5 réponses à L’ardeur

  • Se tenir ainsi “à l’écart du monde” demande sagesse et beauté.

  • Merci mon Jean-Pierre pour ce beau texte sur papa. Vous étiez certes différents, mais votre amitié était belle et sincère. Pacha aimait échanger avec toi ; il louait ta culture et ton intelligence ; plus que tout il aimait ton âme de poète et tes chansons. “Que mon coeur reste ce qu’il est” était l’une de ses préférées … avec “Et nous aller” !
    L’admiration et l’affection dont tu parles à son propos étaient réciproques. Lorsqu’il avait découvert ton coeur de fils aimant, protecteur, responsable et disponible au cours des dix années dernières années de la vie de tes parents, l’estime qu’il te portait en avait été renforcée. Il te l’avait écrit dans une très belle lettre à la mort de ton papa.
    Il t’avait adopté comme un fils, tout comme maman. Récemment, évoquant les Béatitudes, il m’avait dit que tu étais un artisan de paix.

  • Je trouve que tu es bien chanceux, et Jacques et Claudine tout autant. Je vous remercie de partager un peu avec nous. Prenez bien soin l’un de l’autre, et chacun de soi aussi.

  • Je suis toujours étonnée que tu puisses nous livrer tes réflexions que je trouve toujours très intimes. C’est étrange quand on est à l’écart du monde…Mais de cette intimité tu réussis toujours à nous livrer une pensée universelle.

    Il me semble que chaque jour tu témoignes de ta vie et qu’elle nous permet à tous de questionner notre être.

  • Souvent on laisse des choses dont on ne se doute pas… Tes chansons, ta voix, ont l’avantage de la musique, art contingent et éphémère qui ne passe pas.

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