Insuline et magnolia

Stanislas Roquette a quinze ans quand un jour il tombe dans le coma. Diagnostic : diabète de type 1. Unique parade connue : cinq piqûres d’insuline quotidiennes, à vie. Au lycée ses copains sont atterrés mais Fleur, une fille dont il fait alors la connaissance, lui dit : c’est une chance de devoir marcher chaque jour à côté de la mort, magnolia ! Magnolia ? Cela peut vouloir dire alléluia, ou magne toi, ou aime moi, peu importe, c’est une parole poétique qui invite à transcender la vie. Et Stanislas va l’entendre. Insuline et magnolia le catapultent conjointement vers un destin nourri du chant des mots, et rempli de voyages, de contraintes, de lettres, de travail, de rêves, et par-dessus tout de poésie.

Plus de vingt ans ont passé, il se retourne sur son parcours, en donnant à voir « la drôlerie parfois pathétique de nos détresses, et l’illumination euphorique de l’existence par une personne que l’on aime ». J’ai tout aimé de ce spectacle : l’auteur, le sujet, l’interprète. C’est intelligent sans affectation, c’est émouvant sans pathos, c’est d’une justesse et d’une délicatesse parfaites. Il faut dire que Stanislas Roquette est un acteur exceptionnel. Tout ce qu’il a joué jusqu’ici sort des sentiers battus et est d’une merveilleuse et libre exigence, des considérations de Saint Augustin sur le temps à l’Ode maritime de Pessoa, de la correspondance Artaud-Barrault à un Hamlet immersif donné dans des lieux éphémères. Son secret ? Il tient en cinq mots que Fleur lui a légués : « Ne sois pas trop comédien ». Comprendre : reste au plus près de toi-même, et fidèle à la vie.

Insuline et magnolia se jouera à Avignon au théâtre du Train Bleu, du 8 au 27 juillet à 14h30 (sauf les 14 et 21). Ce serait dommage de le rater.

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Muriel

Un magnolifique exemple du pouvoir de transmutation de la poésie et de la création !

Les êtres qui d’adonnent à la création épousent, semble-t-il le principe de vie, qui génère et crée sans cesse.
Ceux qui sont atteints par une lourde maladie arrivent souvent, certes toujours sur le fil, à la transcender par cette énergie-là.
J’ai récemment lu le témoignage de l’artiste plasticienne Frédérique Lemarchand, auteur du Cantique du cœur. Elle était donnée pour perdue vers des 13 ans par la médecine en raison d’une maladie orpheline atteignant poumons et cœur. La plume et le crayon l’ont maintenue, contre toute attente, dans l’énergie de la vie. Et elle a pu recevoir 2 greffes à 34 ans, après une attente de 20 ans.
Elle témoigne : “Je ne suis pas née vivante, je le deviens”.
Rien ne nous est donné pour nous écraser, mais comme force d’apprentissage”, et elle témoigne par son art et sa plume que son chemin de vie est celui de l’ouverture du cœur vers elle-même, les êtres et la vie en général.

Aguerre

Un de mes plus merveilleux guitaristes l’était aussi, à 18 ans. Il n’a jamais failli à une répétition, à un concert, à un voyage. Son “rituel” de piqûres était discret. Je l’ai admiré dans sa profonde responsabilité envers lui-même et envers les autres. Je l’ai gardé dans mon coeur. Et parler de lui au passé n’est pas juste: il est toujours, presque 40 ans après, un merveilleux guitariste